NovLangue d’hier et d’aujourd’hui
Categories: FRANCAIS, culture, littérature, art, média, sociétés, populations, tendances
Toujours dans le cadre de notre recherche sur les différences interculturelles, attachons-nous maintenant aux différences d’utilisation du langage.
Je le clame haut et fort, une communauté se compose d’individus qui partagent la richesse d’un vocabulaire et de constructions syntaxiques spécifiques. Il s’agit en effet d’un signe de partage de références communes. C’est par ailleurs ce contexte langagier qui orientera la pensée.
L’ouvrier métallo possèdera un jargon totalement différent de celui d’un comptable ou hôtelier. Plus son vocabulaire sera limité dans un jargon spécifique, plus sa pensée sera limitée d’un point de vue global. “Les limites de ma langue sont les limites de mon monde” (Sapir-Whorf, Ludwig Wittgenstein). Ce qui ne peut être dit ne peut être pensé, et ce qui ne peut être pensé n’existe pas. Il est peu probable qu’un métallo discute de comptabilité, ou encore de stratégie bancaire, tout simplement parce que probablement il n’en n’a jamais discuté, et n’aura jamais l’opportunité d’en parler.
Dans son livre 1984, Georges Orwell (et non Orson Welles comme on pourrait aisément confondre (moi-même j’ai confondu, heureusement qu’Elise est là )) avait imaginé un pays (Oceania) gouverné par un dictateur (Big Brother) dont le seul souci était de contrôler sa population. Ce dictateur avait découvert que s’il contrôlait la langue de son peuple, il le contrôlerait beaucoup plus facilement. Ainsi il ôtait petit-à -petit tout le vocabulaire qui pourrait être subversif et dangereux pour son régime ; année après année, le dictionnaire rétrécissait. Toutes les subtilités linguistiques étaient également effacées (pour plus d’infos). Le but étant de fabriquer des moutons, plutôt que des hommes. Les termes “libertés” étaient dénués de leurs pertinences quand associés avec “politique”, “Ministère” était renommé “miniver” (pour ministère de la vérité),…
Apparement, Georges Orwell aurait été influencé par la Sovlangue (langue d’usage en URSS à l’époque). Peu d’informations existent concernant cette Sovlangue. Il aurait en effet pu s’inspirer de la “Lingua tertii imperii” (LTI), ou “Langue du Troisième Reich” de Victor Klemperer (où beaucoup plus d’information est disponible).
A ce moment triste de l’histoire, “Heil Hitler” était en effet synonyme de “bonjour”, les termes “fanatique” et “fanatisme”, jusque-là péjoratifs, désignèrent conjointement toutes les qualités de courage, de volonté et de dévouement. “Coventrieren” désignait raser une ville (en directe relation avec la ville de Coventry). Dans une politique de martèlement de l’information, certains mots valorisaient l’absence de réflexion (spontané, instinct, fanatique, aveuglément…), d’autres caractérisaient le régime, ses actes et ses desseins totalitaires (éternel, historique, mondial, grand, total, totalité…), d’autres encore légitimaient la discrimination (étranger à l’espèce, de sang allemand, racialement inférieur, nordique…)…
Sans vouloir faire d’association facile et trompeuse avec le 3eme Reich, il serait intéressant de se pencher sur plusieurs exemples actuels de Novlangue.
“The Axis of Evil” (L’axe du diable, l’axe du mal) par Bush, faisait référence aux “Rogue States” (Etats voyous). Il fait également directement allusion à la religion, “evil” étant le contraire de “saint” (implicitement les US et alliés). Le monde est ainsi bipolarisé entre la sainteté et la diablerie. Le discours est porté sur un environnement religieux, sacré. Dans certains pays, on ne met jamais la religion en question.
“Nouveau”, “Light”, “gratuit”, “2 pour 1″, sont autant de mots qui simplifient fortement notre pensée quant à l’achat de certains produits. A ces termes en effet sont directement associés des qualités, un affect fort. En tant que consommateurs, nous sommes sensibles envers ces termes.
Et quid de ces personnes qui parlent une deuxième langue avec un vocabulaire limité (2000 à 3000 mots) ; ces personnes sont en contact direct avec ces natifs de cette seconde langue. Imaginons une situation de business ; qui aura le dessus sur qui ? Ne serait-il pas intéressant pour une société dans un secteur et pour une fonction particulière de n’engager que des étrangers qui baragouinent la langue d’accueil ? Cela pourrait en effet avoir un impact clair sur les véléités salariales…
La presse écrite elle-même (plus d’infos ici), participe aux mécanismes de cette novlangue ; tout est en effet centré sur la vente d’article. Il doit dés lors se baser sur plusieurs critères : pas trop compliqué à comprendre, pas trop stressant (happy), y associer une personne sexy et crédible, y mettre des photos, et c’est envoyé.
Concernant les religions, tout est également centré autour de quelques mots-clés. Que dire à propos du langage SMS ? etc. etc.
Bref, nous sommes actuellement entourés de NovLangues - n’être soumis qu’à une seule serait synonyme de pauvreté intellectuelle affligeante ; le tout est d’avoir accès au plus de Novlangues différentes possible (elles nous sont imposées, et comme on doit vivre en société…), histoire de garder son esprit clair.

Bon c’est de l’article de fond-là …
contente d’y avoir été jusqu’au bout - ça remet pas mal d’idées en place, comme quoi lire, s’intéresser à autre chose que la télévision et programmes TV, ça a du bon… Garder une culture générale, hétéroclite, et subtile, c’est important !
c’est peut-être n’empêche l’un des meilleurs critères pour identifier une dictature… l’utilisation de son vocabulaire.
Ce n’est peut-être pas par hasard que les régimes non-démocratiques voient le jour dans des pays où la couche populaire non-éduquée (vocabulaire limité) est importante - emprisonnée dans une forme de NovLangue … pourraient-ils comprendre le concept même de démocratie ?
Gene,
Tout d’abord Bienvenue !
oui, je pense que ton point sur les couches populaires est plutôt pertinent… le moins éduqué possible, le mieux pour une dictature. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles l’alphabétisation dans le monde est aussi important !
Le grand cinéaste Orson Welles serait certainement flatté d’être confondu avec Georges Orwell, ils se sont rencontrés une passionnante émission de radio en témoigne mais le rapport s’arrête là !
Amicalement
Elise
Merci Elise,
oui grosse grosse confusion de ma part (comment ai-je pu confondre? pas bien pas bien)
je change cela de suite dans le texte.
Je t’avouerais qu’au début, cela me semblait bizarre aussi,… bon il va falloir que je re-vérifie tout tout (mais cette semaine je n’ai malheureusement pas trop le temps)
amicalement,
Tanguy