Persepolis, une histoire d’Iran et de “libertés”

Categories:  FRANCAIS, culture, littérature, art, expériences interculturelles, immigration, guerre, religion, sociétés, populations, tendances, un peu humour, c'est pour rire... (vraiment?)

Persepolis, “ville Perse”, une des plus anciennes civilisations, berceau de l’histoire, passage obligé Est-Ouest, balloté de régimes en régimes, maintenant dans une ère qui l’étouffe, une ère dirigée par des terroristes, une ère de terreur où tout autre livre que l’Unique est un crime, où l’interprétation autre qu’”officielle” est considérée comme blasphème (lire “one book and the loss of mankind“).

Ce long métrage d’animation (prix à Cannes 2007) m’a ravivé pas mal de souvenirs, beaucoup de personnes. Des profils de femmes que j’avais rencontrés lors de ma vie en Asie : belles, raffinées, intelligentes,… et sans voile.

S., issue d’une province autonome, championne nationale d’arts martiaux, ingénieur civil. Rien que d’y penser, les émotions me submergent - elle fait maintenant un doctorat quelque part en Europe. Reviendra-t-elle au pays ?

R., née en France, d’une famille illustre d’antan qui avait prévu des bagages d’une semaine. Semaines qui se sont allongées, pour devenir des mois, des années,… une vie. Avocate brillante.

marble palace

Ce court-métrage animé en noir et blanc, avec un casting sur mesure, neuf, original, pur. Employant le langage de l’innocence - un “dessin-animé”, c’est pour les enfants… ôtant toute dimension marketing, publicitaire de ces acteurs aux pensées idéologiques douteuses et aux cachets honteux. Ce noir et blanc pour le côté incisif ; des couleurs minimalistes et cannibales des tchadors et de la peau cachée du soleil. Le rose a été absorbé. La mise en scène et le style isolent l’histoire dans son essence, où l’humour fait figure de sel sur ces blessures béantes tailladées par les coups de fouet réguliers du film.

Une vie à travers les différents “Irans”, les différentes périodes de l’Iran. Le message est clair, sans fioritures, ni explosions hollywoodiennes. La suggestion y est très sincère et humaine… un ton politiquement (humainement) orienté, qui présentait une opinion très claire sur le shah, la révolution, la transition, Les bombes, l’Irak, le lycée français de Vienne, les conseils de la Révolution, les polices de la vertu, les supermarchés vides, la traque, la terreur, l’obscurantisme, le changement, la résistance, l’exil, la femme, la reconstruction à l’étranger, l’héritage et mémoire culturelle, l’oubli de ses origines, l’oubli des générations, l’instinct de survie, refaire sa vie, l’assimilation, la rage de vaincre, la rage de vivre.

L’héritage culturel, intellectuel, de savoir-être, savoir-faire, sont certainement les raisons pour lesquelles ces apatrides survivent, vivent, voire revivent. Ils sont devenus les gardiens de la mémoire, de leurs héritages “effacés” avec force au pays. Ayant le devoir et l’obligation de transmettre ce passé, ne pas “réussir” est impensable.

Vivant à ce jour l’expérience démocratique, ils accommoderont le système dégénérant, lui apporteront modernité, mais lui rendront sa mémoire et son histoire… aussi sanglante et/ou raffinée qu’elle puisse avoir été, car un pays sans Histoire n’est plus que terre impersonnelle sans ordre, ni foi, ni loi. Probablement le but des réalisateurs de Persepolis (Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud).

Autres articles (sur l’Iran) : les foulards de couleur, what the world is looking for, 300

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