“Nonante & quatre-vingt dix” politik
Categories: FRANCAIS, Wallonie - Flandre - Bruxelles - Belgique, expériences interculturelles, immigration, sociétés, populations, tendances
Cela fait depuis pratiquement un mois que j’ai arrêté d’écrire… désolé pour mes lecteurs assidus, désolé. La raison est que je me suis engagé dans une voie temporaire où le cash-flow est plus certain (ndlr: un intérim avec un salaire). Ma vocation est toujours présente néanmoins, dans un maëlstrom culturel qui me calme.
Dans un contexte difficile de politique belge (BHV, gouvernement?, velléités séparatistes), voici ci-dessous ma journée type (vendredi) à Bruxelles :
7.35 : réveil GSM sonne, casual Friday, chouette je vais pouvoir mettre un jeans
8.35 : m***e, je n’aurai pas dû prendre ce café, maintenant j’ai raté ce p****n de métro
8.48 : enfin le voilà , oui je serai en retard de quelques minutes
9.00 : on va prendre le chemin par l’hôpital cette fois
9.10 : “Good Morning”, “Goei Dag”, “Bonjour” sur le chemin de mon PC. Open space, j’aime bien. J’aime m’exprimer en plusieurs langues - cela va faire un mois que je travaille et franchement j’ai fait des progrès en flamand. Je suis vraiment content ; j’ai l’impression qu’ils aiment bien d’avoir un francophone qui fait l’effort. Quelques remarques sur mon nom néanmoins :”pourquoi es-tu francophone (ou “Wallon”, tout le monde fait la faute ; “Wallon” fait référence à une région, “francophone” à une appartenance linguistique) alors que tu portes un nom flamand ?”.
Difficile à expliquer… mais c’est comme ça : en Flandre, il existe une minorité francophone de plus en plus “apatride” qui s’éteint à vue d’oeil. Dans certains pays on aurait envoyé l’UN.
10.30 : meeting
11.30 : un autre meeting, conference call avec l’Espagne et les US. in English obviously. Friture sur la ligne. Fort accents. Blabla habituel où tout le monde doit répéter ce que l’autre a dit, mais en d’autres mots. Perte de temps… je souris, j’espère trouver suffisament de contenu pour dépasser 10 lignes de “Minute Report”.
13.00 : la tête comme un pot. Sandwich. Un “Martino” (filet américain avec du tabasco et autres piments)… immersion en flamand cette fois. Les bruxellois de la périphérie, je les comprends. Les Courtraisiens, faudrait qu’ils apprennent à parler correctement (mais je m’y fais).
14.30 : “Humbert, mijn vlookup lukt niet, kan je mij helpen ?”
- “pas de problèmes Tanguy”
- “waarom lukt het niet?”
- “mmmh, je sais pas trop”
- “ah là tu dois mettre “quatre-vingt dix” dans cette cellule”
- “nonante tu veux dire… (souriant)”
- “non “nonante”, c’est du wallon, pas du français”
J’évite le débat, et je continue en flamand; la prochaine fois, je continuerai en hollandais avec des expressions hollandaises, je serais curieux de sa réaction. N’empêche, je l’aime bien Bert, il n’est pas méchant,.. il est juste un peu jeune.
16.00 : Fatima, ma voisine dans le box d’à côté lâche un juron. L’arabe parfois est très expressif. Tunisienne d’origine, elle revendique son côté flamand. Flamande, elle revendique son côté tunisien. Elle n’est pas heureuse ce boulot. Faut dire que ce boulot, à part la satisfaction de son compte en banque qui reprend des niveaux corrects, il faut la trouver cette motivation. Elle va toujours fumer toutes les demi-heures avec Hassan, un berbère d’origine, flamand aussi, mais lui, il ne parle pas d’autres langues…
17.30 : Conférence de New-York. Tout le monde est prié d’assister aux explications de lancement d’un produit quelconque. Conference call avec projection powerpoint. Ambiance candide outre-Atlantique. Tous les directeurs se sentent obligés de poser une question, ou de faire des remarques positives. “Thank you very much Miss … (une directrice haut placée quelque part) for this presentation, this product is awesome ! And here in Denver, we are SO excited to know more and to sell it ! (suivi d’un bruit d’applaudissement du public de leur salle). Rires moqueurs “ah ces ricains” dans notre salle - le micro était coupé, heureusement.
19.00 : cassos
20.00 : Entrainement de Rugby. Equipe d’expat (anglophone de pays anglophones pour la plupart). Encore des flamands de la périphérie. Je leur parle en flamand, ils switchent en français. Je suis certain qu’ils aiment quand on fait l’effort. En tant que francophone de Bruxelles, je me fais un point d’honneur de tenter de leur virer de la tête ce stéréotype comme quoi le wallon / francophone vit du chômage, et est quelqu’un de parresseux. Cela semble bien ancré.
23.00 : ma voiture tombe en panne. Service dépannage après 3 heures arrive. La courroie est pétée. Ali, francophone, le dépanneur, tout fier de son job ; “je suis dehors toute la journée”. Schaerbeek, c’est multiculturel , c’est vivant comme quartier, c’est là qu’il faut vivre. Conversation en arabe avec un collègue dépanneur; j’ai ma voiture de remplacement dans la demi-heure.
24.00 : le vieux pote Marek et ses collègues tchèques. Fête dans un pub irlandais, petit concert gratuit d’hollandais quinca qui adorent Bruxelles. Vieux tubes anglophones. Tout le monde connaît finalement ces chansons. direction ensuite boîte du Conrad. Ambiance Commission ; un ilôt tampon dans des sphères irréelles qui a aussi ses problèmes.
3.00 : dodo. demain c’est samedi. Demain, c’est la famille.
Autres billets dans cette thématique belgo-wallonie-flamande.


Je t’en excuse
merci merci Hisaux…
bon, je ne baisse pas les bras - c’est quand même une chouette expérience - bon, on verra dans le futur… faudrait que je fasse un petit tour sur ton blog…
J’ai essayé d’expliquer la numérotation française à une collègue japonaise… sans espoir. Comment lui faire comprendre que l’Académie demande de dire 4-20-10-7 = 97 !!! Où est le 9?
Chez eux c’est tellement plus simple. Ils mettent un 10 après le premier chiffre et ça fait les dizaines. 9-10-7 =97
Sans exceptions. Mais bon, c’est normal, ils sont japonais…
c’est vrai que quand on y pense, c’est plutôt bizarre.. en chinois, c’est le même principe, et pourtant ça ne l’est pas (bon je sais c’est un peu facile :oops:)