85 ans, recroquevillée, toujours coiffée - son coiffeur, c’est son laisser-passer pour faire ses courses au super-marché, aller à la messe, avoir 10 minutes de conversation, rendre visite à son médecin, son dentiste, se trouver une maladie, téléphoner aux heures de repas. Beaucoup d’activités,…
Issue de la bourgeoisie londonienne, fille d’immigré italien - “chausseur-styliste” de talent, et d’une française lunatique de la région de Blois, elle s’est vite rendu compte du revers capricieux de la vie, de la guerre 40-45. Biens saisis durant la guerre - être italien en Angleterre à cette époque, était définitivement dérangeant. Et puis trop dérangeant finalement, Arandora Star - épisode honteux révélé par l’Angleterre, 50 ans après, après prescription bien sûr (les anglais restent des anglais.). Certaines personnes disent que le bateau avait sciemment été dirigé vers les mines sous-marines. Cela ne m’étonnerait pas.

Le travail, notion intéressante au départ, elle en comprit les joies très rapidement. A 18 ans, on a parfois d’autres aspirations… la guerre aidant, une certaine industrie manquait de main d’oeuvre. En tant qu’infirmière, elle connut mon grand-père, cartographe à ce moment pour la RAF, militaire de carrière ayant fui la Belgique occupée, fugitif d’un camp aux mains de Franco, l’ami d’Hitler.
Sa mère fut aussi dérangeante, cacher des pilotes d’Angleterre n’était pas bien vu de l’occupant, Ravensbrück - épisode qui n’a pas besoin d’être étayé.
Ils se sont plus. A la fin de la guerre, elle a décidé de quitter cette Londres ouverte d’esprit quand il s’agit de commerce. Souvenir d’école, dans la récré, où la minorité catholique était isolée par cette majorité anglicane. Heureusement qu’il y avait la minorité juive plus importante, qui n’avait pas de problème à jouer avec une “macaroni”. Israël, ses Kibboutz, encore un autre souvenir, encore une autre ferveur. Non, elle n’est pas italienne, elle est britannique - je ne comprends pas.
Ils sont partis en Belgique, la cendre encore chaude des ruines de Berlin, les anciens collabos avaient réussi leur reconversion en héros de la nation, tout était à reconstruire.
Biens personnels saisis aussi,… par ses cousins proches et moins proches. La famille, une notion bien étrange en ces temps-là. Je ne connais pas vraiment les détails des arrangements, mais passer d’un château à un appartement me semble une affaire “rondement” menée. C’est vrai, je n’étais pas là.
Ma mère est née, et puis mon oncle, ma tante. Des caractères très différents, une éducation très particulière où ils devaient manger la croûte de pain, alors que les domestiques siciliennnes de l’époque se régalaient du reste. Dans les camps de concentration, cette croûte était un privilège. Education militaire, d’après guerre.
1982, Tibet, après un voyage d’affaire dans la région (recherche de nouveaux fournisseurs (et oui, ils tenaient un magasin d’import-export à Bruxelles)), rencontres, discussions, le Tibet était déjà sous occupation chinoise à l’époque. Les gens ne parlaient pas, des sujets de conversation étaient tabous. A l’époque, il était interdit d’importer des écrits subversifs dans l’empire du milieu - une bible faisait office de ticket d’entrée pour le monde des prisonniers politiques. Ma grand-mère est très croyante. Ma grand-mère est pro-chinoise. Ma grand-mère est pro-tibétaine.
“Aujourd’hui, en 40-45, avons nous inutilement versé du sang ? Comment se fait-il que l’on soit si frileux pour ne pas publiquement condamner ce qui se passe au Tibet ? Comment se fait-il que l’on n’ait pas encore compris que les intérêts économiques doivent avant tout servir aux valeurs fondamentales de la race humaine ?”
“Mieux vaut être pauvre et intègre, plutôt que riche et paumé”… pourquoi pas, même si aujourd’hui la richesse a acquis le statut de valeur… un miroir aux alouettes ?



